La lutte acharnée pour la captation de notre attention a donné naissance à la captologie. Cette discipline s’est progressivement imprégnée des découvertes de l’économie comportementale, notamment fondées sur le « nudge », lui-même élaboré à partir de la théorie cognitive fondamentale appliquée : en somme, l’exploitation astucieuse de nos biais cognitifs. Avec l’IA qui va pousser plus avant encore, via une maîtrise des codes de l’empathie, les techniques d’hypnose conversationnelle, l’entrepreneuriat numérique doit se doter d’une doctrine déontologique. Pour que le numérique reste un espace d’épanouissement et un authentique stimulant intellectuel, il faut le penser comme une dialectique : il est à la fois sa thèse et sa propre antithèse, le côté sombre et le côté lumineux y coïncident. L’entrepreneur visionnaire est celui qui sait transcender cette opposition et offrir les moyens de la riposte et de l’autonomisation des usagers.
La meilleure des stratégies visant à développer le numérique dans une organisation passe par l’enseignement de la théorie cognitive, la vulgarisation de la neuroscience. De sorte que les usagers comprennent les risques qu’ils encourent, et font encourir à leurs enfants, en n’ayant qu’une vue partielle et un usage passif du digital. Tant qu’ils ne mesureront pas l’importance de comprendre les processus à l’œuvre, ils seront manipulables. Les seuls biais qu’on peut conjurer sont ceux que l’on anticipe. Ne pas leur expliquer comment dominer les outils : mais d’abord, leur démontrer pourquoi c’est essentiel.